Les vacances d’été sont terminées, j’espère que vous avez tous pu recharger vos batteries pendant cette période ! J’ai le plaisir de poster à nouveau ici et de partager avec vous cette super interview de Lova Ranaivoson, Associate Producer chez Sunny Lab, qui travaille actuellement sur The Witch’s Bakery !
Ça fait un moment que je garde un œil sur ce jeu, et c’est sur le serveur Discord français de Women in Games que je suis tombée dessus ! Lova partageait quelques informations sur un jeu cozy à propos d’une sorcière qui soigne les cœurs des gens à Paris. Leur campagne Kickstarter est d’ailleurs en ligne, alors n’hésitez pas à leur donner un peu d’amour !
Ravie de faire ta connaissance, Lova ! Pourrais-tu te présenter à notre communauté ?
Coucou~~ 🌞 Ravie de répondre à tes questions.
Je m’appelle Lova, ça se prononce /luv/ – “louve” – et ça veut dire “héritage” en malgache !
(Oui c’est une vraie partie de mon introduction ahahah).
J’ai bientôt 32 ans, je vis en région parisienne, je suis originaire de Bretagne (Brest même !)
et j’ai passé toute mon adolescence et début d’âge adulte à Nantes. Je suis aujourd’hui Associate Producer chez Sunny Lab, petit studio indé français que j’ai rejoint en février 2024. Avant ça, j’ai travaillé dans le Recrutement Informatique pendant près de 7 ans au sein d’un cabinet !
Et dans le reste de ma vie, je danse depuis que j’ai 5 ans et pratique le ‘ori Tahiti (danse
tahitienne) depuis 2020. Je joue, évidemment ! En ce moment Cyberpunk 2077 ; et avant ça j’ai joué à Venba, je fais tout pour ne pas dire au revoir à Spiritfarer (je déteste dire “au revoir”), et on a fait une grosse run Baldur’s Gate III avec mon partenaire 🔥
Johanna : Je suis moi aussi une grande fan de Spiritfarer et de Venba, ils ont vraiment trouvé le moyen de proposer un gameplay très cool combiné à une histoire émouvante. Et c’est super de voir que tu viens d’un tout autre secteur ! Je suis sûre que ça va inspirer beaucoup de personnes qui lisent ces lignes.
Comment t’es-tu retrouvée à travailler dans l’industrie du jeu vidéo ?
C’était loin d’être une évidence car il y a quelques années je n’avais même pas idée de la
multiplicité des jobs qui pouvaient exister dans l’industrie. Je suis passée par une période bof (comprendre : dépression et crise de la trentaine 😅) qui m’a amenée à une période d’arrêt, puis de chômage, puis de reconversion.
Lors de mes recherches et de mon parcours de bilan de compétences – que j’ai réalisé avec
Même pas Cap ! – rejoindre l’industrie du jeu vidéo est apparu timidement. À force d’entendre mon coach (Jordan, le meilleur ❤️) me répéter “Et pourquoi pas ?”, de côtoyer de plus en plus près l’industrie grâce à Afrogameuses et Women In Games, j’ai fini par me rendre à l’évidence, et oser m’avouer que j’avais envie de tenter l’aventure.
Et here we are !

Comment es-tu devenue Associate Producer ?
Je ne voulais plus travailler dans le recrutement car le côté “service” (VS “produit”) ne m’intéressait plus. J’y ai fait mon temps, ça m’a appris plein de choses, mais j’ai désormais envie de dédier mon temps à un produit, quelque chose de tangible qu’on peut tenir dans les mains (par contrôleur interposé 😂). Quelque chose dont je peux être fière à la fin de la grande aventure qu’est créer un jeu vidéo !
Mon bilan de compétences m’a permis de prendre le temps de me poser : OK, qu’est-ce que je pouvais transférer côté hard et soft skills, de ces 7 ans en Recrutement Tech ? Je sais faire de la coordination, piloter une activité, m’assurer de la qualité de ce que je rends. Je ne sais pas gérer un projet à proprement dit, avec ses timings, ses budgets… Je fais quoi ?
J’ai donc décidé de reprendre une formation en Management de Projet appliqué au Jeu Vidéo (MBA Video Game Management à l’IIM) : je voyais bien qu’il me manquait de gros bouts de hard skills et de culture de l’industrie. C’était pas marrant. Revenir à l’école à 30 ans passés ?… Vreuuument, j’ai essayé
d’esquiver cette partie-là, mais elle me revenait sans cesse. Donc il a fallu s’y résoudre : aujourd’hui je ne regrette pas du tout, j’ai rencontré des camarades de classe géniaux·ales, les cours et intervenant·es étaient de qualité pour la plupart, puis là en juin on est allé·es au Game Camp à Lille, c’était génial.
Johanna : C’est vraiment une décision courageuse que de reprendre des études pour avoir une toute nouvelle carrière ! Et c’est trop bien de voir que ça en valait la peine 💛
Retrouver temporairement ce côté études supérieures, avec l’effervescence que ça implique, le fait que c’est très éphémère et qu’on ne fait qu’y passer quelques mois, finalement. Mais j’étais contente de recommencer à taffer derrière ça 😆
Précision : étant demandeuse d’emploi, j’ai eu la chance de me faire financer ma formation par la région Île-de-France. Sans quoi il aurait fallu que je sorte près de 10K€ de ma poche pour l’année de formation. Ça aide !
Quelles sont tes principales responsabilités sur les projets sur lesquels tu travailles ?
Je travaille conjointement avec Charlotte (Creative Director) et Hugo (Narrative Director), les cofondateur·ices de Sunny Lab et mes managers direct·es sur :
● La planification et répartition des tâches de l’équipe
● Le suivi au quotidien des membres (1-1, des réunions dédiées à chaque membre individuellement toutes les semaines)
● L’animation des réunions-clefs (Sprint Planning, Sprint Reviews, Stand Up Meetings)
● La création et mise à jour de nos processus internes et externes
● Le suivi de nos collaborateur·ices externes
Et à côté j’ai accompagné aussi sur d’autres missions :
● Le recrutement de nos futur·es membres (eh oui… J’en viens, je peux pas m’en détacher non plus comme ça ahahah)
● La construction de notre Kickstarter et notre page Steam
● Le répertoire de nos ressources Content Creators et Journalistes spécialisés à contacter pour du PR
Aucune journée ne se ressemble, et je contribue à ma petite échelle à ce que le jeu avance pas à pas 😄

Quelles qualités et compétences sont les plus importantes pour ce rôle ?
Je dirais globalement : avoir envie et être capable de travailler avec et pour les gens.
Le métier de Producer (et Associate Producer à un niveau plus junior) demande une capacité de prise de recul plus accrue que n’importe quel autre métier au sein d’un studio. Parce que les équipes spécialisées sont là pour faire leur job, le nôtre c’est de faire tout ce que ces équipes ne peuvent pas prendre dans leurs responsabilités !
Donc si je devais n’en citer que quelques unes :
● Une bonne connaissance globale de l’industrie : comment crée-t-on un jeu, quelles étapes-clefs, quels challenges actuels traverse le milieu
● De l’empathie, beaucoup : savoir se mettre à la place des membres de l’équipe, pour comprendre leurs enjeux et leurs situations
● Mais aussi de la fermeté et de la rigueur : car même si on peut comprendre l’équipe, on est aussi là pour à terme vendre un produit fini, on est soumis·es à des enjeux financiers et économiques
● Et enfin globalement, une excellente capacité d’écoute et de communication : ça sera votre vecteur principal d’apprentissage, d’évolution et de résolution de situation 🔓
Et je ne cite volontairement pas d’outils informatiques divers car vraiment, ça s’apprend. Et maîtriser toutes les subtilités de Jira tout en n’étant pas à l’écoute de son équipe : c’est bien joli mais n’aide malheureusement pas toujours à faire avancer les choses et à contribuer à un cadre de travail vertueux !
Est-ce qu’il y a des projets dont tu es particulièrement fière ?
Je suis actuellement très fière de travailler sur ce jeu que Charlotte m’avait présenté il y a un an : “Tu vois Kiki la Petite Sorcière ? Tu l’imagines dans Paris ? Eh bien le jeu traite de gérer nos émotions dans un cadre de Kiki à Paris !”.
The Witch’s Bakery, bien sûr !
Johanna : Et quel magnifique jeu !

As-tu rencontré des difficultés en travaillant sur The Witch’s Bakery ou sur d’autres projets antérieurs ?
Mon challenge actuel réside en mon combat contre mon syndrome de l’imposteur et dans l’amélioration de vieux tropes que je garde en moi quand je panique. J’ai la chance d’être extrêmement bien accompagnée et d’avoir trouvé en Charlotte et Hugo d’excellent·es mentor·es pour faire mes premiers pas dans l’industrie.
Iels ont cette patience de m’aider à grandir même sur ces sujets que je traîne depuis quasiment le début de ma carrière, à savoir ma capacité de synthèse (ça se voit j’imagine), mes logorrhées verbales, et le fait que je me perds souvent dans ma tête quand je stresse 😅
Donc ce n’est pas un challenge lié spécifiquement à The Witch’s Bakery, mais bien un challenge global de gestion de moi, à moi-même !
Tu travailles également à la communication d’Afrogameuses, une association française. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce qu’elle fait et sur ta mission ?
Afrogameuses, c’est une association créée en juillet 2020 par Jennifer Lufau, qui a pour but initial de réunir des joueuses afro-descendantes, trouver nos pairs, chercher des solutions pour être mieux intégrées à l’industrie du jeu vidéo. L’asso a une belle ouverture à toustes nos allié·es, et on continue de grandir pas à pas.
Johanna : C’est tellement cool de voir que ces associations gagnent en popularité, elles sont de vrais tremplins pour se connecter et apprendre les uns des autres.
Nos moyens d’action sont de plus en plus larges : on organise des événements, on participe à d’autres événements créés par nos pairs (Women in Games, Next Gaymer, Furax…), on communique sur les réseaux sociaux, on propose des partenariats de formations gratuites pour nos membres.
De mon côté je travaille sur la partie Communication depuis novembre 2023 (et normalement jusqu’à nov. 2025) : je gère une équipe de 4 personnes (Community Managers et Rédactrices) pour assurer la comm’ de l’association 📰

Selon toi, quelles sont les choses qui pourraient être changées et améliorées dans notre secteur ?
Transformer les mots en actions concrètes.
On parle et on entend parler de la volonté des studios de diversifier leurs équipes, d’améliorer leurs jeux… Mais pour l’instant c’est encore trop timide et même si nous, on bosse à faire évoluer tout ça, c’est un travail qui doit être collectif et à l’échelle de toute la société.
Autre chose que tu souhaiterais nous partager ?
Merci pour l’interview !
C’est toujours rigolo / étrange de pouvoir s’exprimer publiquement, et ça me fait réaliser que
ça y est je commence déjà à pouvoir partager un peu d’expérience 🐣 Du métier, de l’industrie, de comment grandir dedans et quels chemins j’ai choisi de prendre (l’indé français, niche Cosy Gaming ahah).
Si je devais dire une dernière chose : lancez-vous. Ça prendra probablement du temps, de
l’énergie, des efforts : à la fin ça paiera ! Et si vous voulez en discuter, n’hésitez surtout pas ❤️

Lova Ranaivoson – Associate Producer (she/they)
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Merci beaucoup Lova d’avoir pris le temps de répondre à mes questions ! Vraiment une interview pleine de bonnes vibes, avec beaucoup de conseils pour ceux qui aspirent à entrer dans l’industrie. N’oubliez pas d’aller check la page de The Witch’s Bakery sur Steam et Kickstarter !
Je vous retrouve bientôt pour une nouvelle histoire à partager 💛
